Migration et multiculturalité à l'école
Dans de nombreux pays européens, les enseignants sont confrontés au défi d’aborder la migration en classe et d’accompagner les élèves dans leur processus d’intégration sociale, éducative et culturelle. Il s’agit d’un processus complexe qui nécessite des ressources émotionnelles, une expertise et une réponse adaptée aux défis rencontrés en classe. Dans cette section du site, nous proposons des pistes de solution fondées sur nos recherches et notre expérience en matière de soutien à l’intégration dans les écoles en Europe. Nous vous recommandons de lire ce guide avant d’utiliser nos propositions d’activités dans votre classe.
La culture vue comme un iceberg
La métaphore de l’iceberg, introduite par l’anthropologue Edward T. Hall, suggère que la plupart des aspects d’une culture sont invisibles au premier regard. Les comportements et les habitudes ne constituent que la partie visible de l’iceberg.
Les comportements, habitudes et modes de vie que nous observons ne représentent qu’une petite partie visible d’un ensemble beaucoup plus vaste, comme la pointe d’un iceberg. En dessous se trouvent des valeurs, des visions du monde et des normes sociales issues de la religion, de l’histoire et de la vie communautaire.
Une étape indispensable vers une intégration réussie consiste à comprendre ces couches sous-jacentes. Ce processus doit être réciproque : les nouveaux arrivants découvrent la culture de leur nouveau pays, tandis que ce pays s’efforce à son tour de comprendre le contexte culturel des nouveaux arrivants.
Les élèves issus de l’immigration peuvent interpréter différemment les cours d’histoire, d’éducation à la citoyenneté ou même de géographie. Ainsi, des cartes présentées pendant les cours de géographie peuvent, par exemple, raviver des souvenirs de conflit, d’éloignement ou de nostalgie du pays d’origine.
La migration façonne l’Europe depuis longtemps, à travers des déplacements mondiaux et régionaux qui influencent les cultures, les pratiques et les innovations. Pour comprendre l’identité européenne actuelle, il est essentiel d’aborder la migration et ses conséquences sur les évolutions sociétales futures.
Pourquoi avons nous une vision parcellaire de l'histoire ?
La migration est un phénomène très complexe, mais le discours qui l’entoure est souvent simplifié ou déformé dans les médias. Les élèves sont régulièrement confrontés à des contenus chargés émotionnellement, qui peuvent susciter de la peur, de la colère ou de la tristesse — des émotions qui méritent une place et une attention en classe. En même temps, notre manière de percevoir la migration est influencée par des biais cognitifs : des raccourcis mentaux qui affectent notre interprétation de l’information. Reconnaître ces biais favorise le développement de l’esprit critique des élèves et les aide à aborder le sujet de manière plus consciente et réfléchie.
Heuristique de disponibilité
Nous donnons plus d’importance à un événement en fonction de sa fréquence, de la vivacité avec lesquelles nous pouvons nous en souvenir et de la charge émotionnelle attribuée à cet événement. Par exemple : si les médias parlent beaucoup de crimes commis par des migrants, nous pouvons être davantage enclins à considérer les migrants comme des criminels, même si la plupart des crimes sont commis par des non-migrants. De même, lorsque nous vivons dans une région comptant beaucoup de migrants, il peut être tentant de surestimer fortement le nombre de migrants dans l’ensemble du pays à partir de notre perception locale.
Effet de halo
Nous attribuons à quelqu’un des qualités positives ou négatives sur la seule base d’une première impression. Par exemple : lorsque la communication avec un nouvel arrivant est difficile en raison d’une barrière linguistique, nous pouvons penser à tort que cette personne est timide ou peu sociable.
Heuristique de représentativité
Nous évaluons une situation ou une personne en fonction des exemples connus ou en fonction de stéréotypes. Par exemple : si nous voyons quelqu’un bien habillé et conduisant une voiture coûteuse, nous ne réalisons peut-être pas qu’il peut s’agir d’un réfugié ; l’exil est en effet souvent associé, de manière stéréotypée, aux privations.
Effet d’homogénéité de l’exogroupe
Nous avons tendance à considérer les personnes appartenant à un autre groupe comme plus semblables entre elles que les personnes de notre propre groupe. Par exemple : des généralisations telles que « les Allemands sont très ponctuels » ou « les Néerlandais sont bruyants » illustrent cette tendance, alors que nous percevons généralement notre propre groupe de manière beaucoup plus diversifiée.
Pourquoi avons-nous besoin de cours sur la migration à l’école ?
Aujourd’hui, de nombreux élèves connaissent des personnes qui ont vécu non seulement une expérience d’immigration, mais aussi d’émigration ou de remigrassions, c’est-à-dire un retour dans le pays d’origine après un long séjour à l’étranger.
De nombreuses familles ont leurs propres histoires de migration, liées à leur situation financière, à des conflits ou à des raisons personnelles. La migration n’est d’ailleurs pas seulement un phénomène contemporain ; elle joue aussi un rôle dans d’importants processus historiques et sociaux abordés par les élèves en cours d’histoire, de géographie ou de sciences sociales. Traiter la migration dans ce contexte peut constituer un complément précieux au programme de base. En montrant comment les événements historiques influencent la migration et la vie quotidienne, les élèves comprennent mieux le changement social comme un processus interdépendant. Cela met également en lumière les récits personnels de personnes issues de l’immigration et invite à réfléchir à la manière dont la migration façonne à la fois la culture nationale et la culture européenne.
Comment enseigner la migration ?
Nous pensons que l’intégration du récit migratoire dans l’enseignement de l’histoire, de la géographie et de la citoyenneté renforce la compréhension que les élèves ont du monde qui les entoure. Les supports développés par la School with Class Foundation (Pologne), Smilemundo (Espagne) et la Fondation Roi Baudouin (Belgique) aident les enseignants à intégrer la migration dans leurs plans de cours. Voici quelques éléments importants à prendre en compte si vous souhaitez aborder ce sujet.
Autoréflexion
En tant qu’enseignant, vous êtes votre principal outil. Avant le cours, prenez donc un moment pour réfléchir à vos propres représentations sur ce sujet et à la question de savoir si vous souhaitez les partager avec vos élèves.
Garder à l’esprit l’objectif du cours
Les cours peuvent être utilisées pour transmettre des connaissances et des compétences, mais elles offrent aussi la possibilité de développer l’empathie, l’esprit critique et la compréhension des processus sociaux. Lors de la préparation d’un cours sur la migration, il est important de réfléchir à la manière d’aider la classe à développer cette empathie, à comprendre des processus historiques et sociaux complexes, à reconnaître les défis auxquels sont confrontées les sociétés multiculturelles et à renforcer leur esprit critique.
Tenir compte de vos élèves
Avant de donner des cours sur la migration en classe, il est utile de vérifier s’il y a des élèves issus de l’immigration — et en particulier si certains élèves ont migré récemment. Le sujet peut en effet susciter des émotions fortes. Évitez les exemples qui font directement référence aux expériences des élèves eux-mêmes et préparez le groupe à la discussion à l’avance. Réfléchissez aux méthodes pédagogiques les plus adaptées : souhaitez-vous mettre davantage l’accent sur la réflexion ou sur la participation active, quels défis peuvent se présenter et qui peut apporter un soutien si nécessaire ?
Récits personnels
Explorer les processus historiques et sociaux à travers des récits personnels aide les élèves à mieux reconnaître les stéréotypes et à développer davantage d’empathie. Ils acquièrent ainsi aussi une meilleure compréhension des expériences vécues par les personnes en déplacement, comme les réfugiés et les autres migrants.
Jeux et éléments interactifs
Les activités ludiques et interactives renforcent la motivation et l’engagement des élèves, et rendent l’apprentissage plus dynamique. Nos kits pédagogiques contiennent des éléments interactifs qui stimulent la compréhension et la réflexion.
Outils numériques
Les outils numériques jouent un rôle important : ils permettent de développer des activités interactives et de présenter les données de manière accessible. Nous intégrons ces outils dans notre matériel afin de soutenir les enseignants et de rendre les thèmes liés à la migration plus attrayants dans les cours de géographie, d’histoire et de sciences sociales.
Notre matériel pédagogique constitue un point de départ accessible pour explorer le thème de la migration et contribue à créer un environnement de classe ouvert et sûr, dans lequel les élèves peuvent réfléchir ensemble à ce sujet.